Les opposants au projet de tramway dans la rue Fondaudège ne désarment pas. Cela fait maintenant plus d'un mois qu'ils se réunissent tous les mardis pour constituer le front de la résistance et imaginer des actions chocs. La dernière en date remonte à cette nuit, où les membres de l'association Village Fondaudège avaient prévu de se retrouver dès 3 heures du matin pour écrire leur mécontentement sur le bitume de leur rue. Ce matin, les passants devraient pouvoir lire l'inscription suivante, au niveau de chaque carrefour en principe : « Monsieur Juppé, pas de tram ici ». Un message qui s'ajoute aux dizaines d'autres, sur le même registre, placardés sur les vitrines de la quasi-totalité des commerces de Fondaudège : « non au tram ! »
L'association Village Fondaudège regroupe des habitants et des commerçants, ces derniers étant les plus actifs dans la lutte. Ils disent qu'ils ne sont pas contre le tramway, mais demandent que la Communauté urbaine étudie d'autres itinéraires. Selon eux, le tram signerait l'arrêt de mort des petits commerces qui donnent à Fondaudège un aspect si vivant, alors qu'ils ont disparu dans la plupart des autres quartiers. Outre les affiches, les banderoles et les pochoirs sur l'asphalte, les antitram organisent aussi des rencontres régulières avec les élus. Ce lobbying leur a déjà permis de rencontrer la députée UMP Chantal Bourragué et la conseillère municipale PS Michèle Delaunay. Hier, ils ont reçu le chef de file des Verts, Pierre Hurmic.
Sacrifice d'un quartier. Ce dernier est un ami d'enfance de Henri Lassalle, le président de Village Fondaudège, qui le surnomme « Tutu ». Mais cette intimité n'a pas été suffisante pour mettre l'élu écolo, venu en compagnie de sa collègue Marie-Claude Noël, à l'abri de critiques sévères. Hurmic est un ardent défenseur du tramway, alors que les commerçants de Fondaudège vivent pour partie du trafic automobile que le tram risque chasser. Les deux élus Verts se sont donc un peu fait secouer les plumes, dans la plus grande correction toutefois. Les anti-tram se méfient de tous les politiques. « On est en train de sacrifier un quartier commercial à cause d'ingénieurs qui n'envisagent pas de solutions alternatives. A Bordeaux, certaines circonscriptions de droite seront difficiles à défendre, le vote de dimanche dernier l'a montré. Alors il va falloir que les élus nous écoutent », a prévenu Yves Viénot (boutique Aux siècles passés).
Hurmic et Noël ont écouté, mais aussi expliqué qu'il était en effet nécessaire d'étudier d'autres itinéraires. « Je suis même prêt à vous tenir informé de ce qui se dit à la commission tramway de la CUB, dont je suis membre », a précisé Pierre Hurmic. Ce dernier estime également que le tramway est comparable aux autoroutes : il favorise les deux extrêmités mais assèche les zones traversées. « Donc vous avez raison de vous mobiliser si tôt, continuez à réclamer l'étude d'autres solutions », a-t-il conclu.
Denis Lherm Sudouest edition 250407